Les rythmes de vie, est-ce si important pour
les couples, l'essentiel n'est-il pas de s'aimer et tout le
reste sera donné, trouvé, par surcroît ?
Encore faut-il que chacun ait le temps de manifester son
amour à l'autre. Si l'harmonisation des rythmes de
vie n'est pas une condition suffisante pour rendre un couple
heureux et vivant, avoir des rythmes contraires, être
tout le temps bousculé, sous pression, ne favorise
guère la rencontre et le dialogue du couple, et
fragilise à long terme son équilibre.
Comment mieux gérer ces
problèmes ?
Il me semble qu'il faut distinguer entre les
problèmes qui proviendraient de la différence
des rythmes personnels et ceux engendrés par les
contraintes des rythmes externes choisis et/ou
imposés.
L'organisation de la vie professionnelle et
familiale nous soumet parfois à des rythmes qui nous
déstabilisent et qu'avec la meilleure volonté
nous assumons mal. Je pense à ce couple où,
pendant des années, pour élever ses enfants la
femme a choisi un travail de nuit tandis que son mari
travaillait de jour; ils se croisaient entre deux
bâillements et ne vivaient ensemble qu'aux
périodes de leurs congés communs. Peu à
peu, ces temps de retrouvailles trop limités
n'alimentaient plus leur vie conjugale... Ils coexistaient,
se passaient des consignes, la maison tournait, mais leur
couple disparaissait...
Bien
sûr, certaines professions impliquent, de fait, des
rythmes a priori un peu difficiles à concilier avec
une vie familiale. Mais, justement, la prise de conscience
par le couple de ces difficultés peut le rendre plus
vigilant, plus attentif à sauvegarder du temps pour
lui. Plus que la quantité de temps passé
ensemble, c'est la qualité de l'échange qui
importe. Ainsi, certaines séparations imposées
peuvent favoriser d'autres moyens de communication : lettre,
téléphone, qui créent un nouvel espace
de dialogue.
Une
cliente me disait : Mon mari s'est absenté pour un
stage et nous avons échangé au
téléphone plus de choses intenses et profondes
que lorsque nous sommes ensemble.
Ne
généralisons pas, mais cela nous montre qu'il
faut savoir varier nos modes de communication et que la
distance géographique permet parfois une
liberté d'expression comme si elle nous prêtait
une distance intérieure&emdash;nécessaire au
dialogue&emdash;que le face à face peut entamer.
Ainsi, des
rythmes extérieurs contraignants peuvent aussi avoir
des effets bénéfiques en faisant naître
une collusion des membres du couple contre ce qu'ils
ressentent comme une épreuve commune, en
développant leur créativité pour
maintenir leur relation.
Tout autre sera le
cas quand cette contrainte extérieure ne provoque pas la
collusion du couple : ce qui, pour l'un, est vécu comme un
rythme de vie gênant, voire douloureux, angoissant, peut
être satisfaisant pour l'autre.
Le problème
n'est plus tellement un problème de rythme de vie que de
différence: les différences de l'autre nous ont
attiré, mais elles peuvent être douloureuses à
vivre au quotidien; l'autre, que l'on découvre
différent de celui que l'on avait imaginé. Quand un
couple se présente ainsi : Il est du matin et moi du soir; nous n'avons pas les
mêmes rythmes: quand voulez-vous que nous nous rencontrions ?
Il arrive fatigué avec une seule envie: être tranquille
et ne pas discuter. Le matin, il parait qu'il est frais et dispos
mais moi, je dors et ne suis pas disponible, je ne peux m'empêcher de
penser que ce qui est mis en avant n'est qu'un alibi. Alibi auquel
ils s'accrochent pour ne pas voir quelque chose de plus grave, de
plus profond dont ils ont peur de parler. Serait-ce une façon
de se dire qu'ils n'ont vraiment plus envie d'être ensemble ?
Serait-ce l'amorce d'un deuxième amour ? L'expression d'une
autre revendication ou une manifestation de rivalité ? Qui
fera le premier pas ? Nous ne pourrions le comprendre qu'en
connaissant l'histoire de chacun et celle de leur rencontre.
Donc, soyons
vigilants, ne restons pas fixés sur des problèmes
écrans qui cachent les vrais.
L'harmonisation de
nos différences est toujours un exercice un peu
périlleux qui fait resurgir beaucoup de conflits anciens et
qui suppose un minimum d'autonomie personnelle pour supporter celle
de l'autre. Elle ne peut éclore que d'un mutuel désir
d'écoute et de compréhension
réciproque.
Morceaux choisis d'un article
de D. Balmelle,
ancienne conseillère conjugale à l'AFCCC,
dans la revue