Attention, changement d'URL : www.bonheur-couple.fr |
|
Home
|
Le
désir de chacun quand il crée un couple, une
famille, est bien de créer un lieu, un espace
où règnent paix et harmonie. (...) Dans ce
monde de méfiance, de peur, de combat, la famille
constituerait le havre de paix où l'on peut
s'épanouir. Mais que signifie un tel clivage et
n'est-il pas illusoire ? Peut-on exercer à
l'extérieur ses capacités agressives de
défense vitale et garder pour sa famille, son couple,
ses dons de patience et d'abnégation ?
En fait,
dans l'élan amoureux, aucun conjoint ne croit qu'il
lui faudra patience et abnégation pour maintenir
parfois la paix entre eux et avec les enfants. C'est ce que
me disait, dans son langage, un jeune couple: "On s'est mis
ensemble parce qu'on était bien ensemble, tout
était "cool" et puis ça a changé.
Ça ne peut plus durer. Par moments on se
déteste: on va s'écharper". Elle était
loin d'eux l'idée que leurs mouvements agressifs
n'étaient pas supprimés par la magie de leur
amour, c'est-à-dire de leurs immenses et
réciproques attentes affectives, mais qu'au contraire
ils pouvaient être exacerbés par les
frustrations, les déceptions de ces attentes.
N'est-ce pas de l'amour déçu, bafoué
que peut naître la haine la plus intense qui
s'enracine dans une douleur intolérable ?
Alors,
comment être artisan de cette paix
désirée dans son couple, sa famille ? Comment
apprendre à gérer ses inévitables,
voire nécessaires mouvements agressifs pour ne pas
blesser, ni détruire l'autre ? Comment utiliser
à des fins pacifiques cette formidable énergie
? D'abord ce constat: la gestion de notre agressivité
commence dès notre naissance ou presque. C'est au
sein de la famille que se fait cette éducation de la
violence naturelle et le couple qui se forme, en
récolte les fruits. Il a aussi mission de la
continuer dans une entraide réciproque. Nous n'avons
jamais tout à fait fini d'apprendre à
supporter les frustrations sans en être
détruits, à partager en renonçant
à une possessivité qui tend à rendre
l'autre esclave, à n'être, face à la
souffrance, ni dans la révolte, ni dans la
résignation. Notre vulnérabilité est
parfois un peu mystérieuse: nous pouvons
réagir violemment à des choses insignifiantes
aux yeux des autres. Pour éviter de se blesser
inconsciemment il est donc important, dans un couple, de
comprendre mutuellement les seuils de
vulnérabilité qui peuvent être
très différents selon le tempérament et
l'histoire de chacun. L'un peut essayer de neutraliser la
violence immédiate de l'autre par des armes
défensives qui ont un effet offensif à
retardement. Le "c'est entendu, d'ailleurs tu as toujours
raison" peut clore une dispute, mais laisse entendre que la
conviction profonde ne suit pas. Le vrai conflit est
esquivé. Pour d'autres, la peur de tout conflit est
telle qu'ils sont prêts à tout pour
l'éviter, à des renoncements et même
à des reniements. Mais avoir la paix à tout
prix ne permet pas, en fait, d'être en paix ni avec
soi-même, ni avec l'autre.
J'entends
cette femme déchirée par une révolte
devenue incontrôlable me dire: "Je ne le supporte
plus; il y a quinze ans que j'essaie constamment de tout
faire pour que tout aille bien comme il veut&emdash;il ne
s'en aperçoit même pas, c'est normal. Ses
manies, ses habitudes, je m'y suis faite, mais maintenant
c'est fini; je n'en peux plus, je n'ai qu'une envie, faire
mes valises, mais, à cause des enfants, je ne peux
pas. Que faire ?" Ces quinze années d'une vie
conjugale qui a même pu paraître exemplaire
à l'entourage, risquent de se terminer par un conflit
brutal, si un désir de réconciliation ne
permet pas à chacun de se retrouver en
vérité face à l'autre. Et comment ce
mari va-t-il supporter de voir cette nouvelle femme pleine
de revendications surgir à la place d'une ancienne
plus soumise ? Comment cette femme va-t-elle pouvoir dire
ses désirs, les faire entendre, sans nier à
son tour ceux de son conjoint ? Longue sera la route d'une
telle réconciliation.
L'expression "ronger son frein" donne une
bonne image des effets négatifs de cette attitude.
Nous avons
en effet besoin de frein pour maîtriser
l'immédiateté de nos mouvements agressifs et
nous donner le temps d'en discerner les raisons profondes.
Mais utiliser notre énergie à refouler nos
mécontements, nos différends par peur du
conflit use à notre insu ce frein nécessaire
qui peut alors céder brusquement et nous
précipiter dans un conflit très difficile
à gérer: difficile parce que nous n'avons
justement pas appris à entrer dans les discussions
des affrontements et trouver à partir de là
une solution satisfaisante ou, au moins, qui reconnaisse le
point de vue de chacun; difficile parce que nous sommes
alors particulièrement submergés par un raz de
marée agressif qui risque de détruire tout sur
son passage... Aussi pour que puisse durer l'harmonie de la
vie conjugale et familiale est-il nécessaire
d'apprendre à discerner nos différends,
à aborder ce qui fait mal au fur et à mesure,
sans trop douter de la capacité de l'autre à
nous aimer tout entier. Ainsi nous approfondissons nos
liens, nous les solidifions: première forme de
réconciliation que la famille...
Mais
qu'est-ce que "se réconcilier" ? Se
réconcilier, c'est ne pas se résigner à
l'échec d'une relation par incompréhension,
par découragement; c'est retrouver des liens anciens
importants, mais que de multiples petites blessures avaient
étirés, distendus et abîmés ou
bien que les alluvions des habitudes avaient recouverts.
Cela demande de l'énergie. Cela
demande aussi une forte conviction en la
pérennité de la relation. Il s'agit de
découvrir de nouveaux liens
révélés par une meilleure connaissance
l'un de l'autre. Ceux-ci se substitueront à ceux plus
ou moins rêvés, qui se sont un peu
évanouis dans la réalité quotidienne.
Etre
réconciliés en vérité, c'est
donc être plus réellement liés; c'est
parfaire son alliance. D'où un profond sentiment de
paix et de sécurité. Mais les
voies de la réconciliation sont parfois bien
paradoxales (...). En effet,
c'est faire confiance. C'est une attitude paradoxale: faire
encore confiance à celui qui vient de trahir, ou du
moins que l'on a ressenti trahissant cette confiance. C'est
pouvoir dire à l'autre ce qui en lui vous a
blessé, sans l'en accuser, c'est-à-dire en
allant jusqu'à comprendre pourquoi il s'est
comporté envers vous de façon blessante. C'est
pouvoir dire à l'autre sa blessure, dans l'espoir
qu'il puisse la guérir, mais en acceptant d'avance
qu'il ne le veuille pas ou ne le sache pas. C'est pouvoir
"tendre l'autre joue". Cette attitude extrême souvent
ridiculisée n'a rien d'un masochisme doloriste. En
tendant l'autre joue, ce qui est désiré, ce
n'est pas un autre soufflet, mais le baiser
réparateur. Ce geste, loin d'être une
provocation à une nouvelle agression, est le signe
d'un désir total de réconciliation. Pour
autant, il n'est jamais garanti de succès, puisque le
refus de l'autre le réduit à l'impuissance.
Ainsi de longs tunnels d'impossible réconciliation
peuvent-ils s'installer dans nos vies, où
l'espérance seule nourrit l'attente: cette attente
exemplaire du Père pour le fils prodigue.
Il
était encore loin que son Père
l'aperçut et, touché de compassion, courut se
jeter à son cou. " Cette
phrase (issue de la Bible, Luc 15, NDLR) nous décrit
toutes les attitudes intérieures et
extérieures qu'inspire l'espoir d'une
réconciliation: attendre en guettant le moindre signe
du désir de l'autre, et l'accueillir en allant
au-devant de lui pour faciliter les retrouvailles. Car elle
est lourde aussi à porter, la culpabilité de
n'avoir pas été à la hauteur de
l'attente de celui dont l'amour compte tant. Pour
n'être pas tenté de fuir, il peut avoir grand
besoin d'être encouragé par l'accueil
bienveillant que celui qu'il a offensé lui offre
encore. Mais ce
père admirable est l'image de la miséricorde
divine et non de la nôtre: notre faiblesse, notre
fragilité humaine ne nous donnent guère
d'aisance dans nos mouvements de réconciliation.
C'est
pourquoi, dans les Béatitudes, le Christ nous
rappelle des attitudes qui peuvent sembler surprenantes,
mais qui nous aident à prendre le chemin de la vraie
vie et du bonheur. Ces attitudes forment un tout et ne
peuvent finalement pas se vivre séparément.
Nous avons vu que, pour construire la paix, il faut
être miséricordieux, que la miséricorde
nécessite un cĻur doux et humble et que, pour avoir
faim et soif de justice, il ne faut craindre ni la
souffrance ni même les persécutions. C'est un
appel pour tout humain. Ceux qui s'engagent dans le mariage
chrétien sont donc appelés à faire de
leur couple d'abord, et de leur famille ensuite, un lieu
privilégié pour s'entr'aider à y
répondre.
ancienne conseillère conjugale à l'AFCCC, dans la revue |