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Comprendre et
accepter l'échec de son couple permet de retrouver
son équilibre et de mieux vivre sa vie personnelle et
parentale. Qui dit famille
éclatée sous-entend couple
éclaté puisque, dans notre
société, la famille nucléaire repose
sur le couple parental. De la solidité de ce couple
dépendent l'unité familiale et sa
stabilité. Oui et non, car la réalité
des situations humaines est beaucoup plus complexe et
inventive. On rencontre des familles éclatées
alors que le couple parental reste stable, des familles
où l'éclatement est
transgénérationnel. La rupture familiale se
fait entre parents et enfants. Pensons à la solitude
de certains vieux couples qui n'ont plus de nouvelles de
leurs enfants, qui ne connaissent pas leurs petits-enfants;
des rivalités fraternelles, des conflits non
dépassés avec les parents ont pu casser la
solidarité familiale jusqu'aux liens essentiels de la
filiation. Des familles éclatées, il y en a
toujours eu. Les romanciers du début de ce
siècle, de Mauriac au "familles je vous hais" de
Gide, nous en apportent maints témoignages. La
contrainte des convenances n'aidait pas forcément les
familles à vivre dans l'harmonie et n'empêchait
ni les coups bas, ni les règlements de comptes dont
le traumatisme n'épargnait personne.
Pour qu'une
famille n'éclate pas et qu'elle puisse jouer son
rôle, il faut que les mouvements agressifs, voire de
haine, ne l'emportent pas, que les conflits
inévitables, les divergences, les oppositions
n'entament pas l'expression des liens d'amour, qu'elle soit
donc un lieu de réconciliation possible. Alors elle
sera cette sécurité de base qui permet
à chacun de ses membres, s'il traverse une
période difficile, de trouver un appui, et cet espace
privilégié où se nouent les liens
électifs entre cousins et entre les
générations. Ainsi paraît-il d'autant
plus souhaitable, quand un couple se défait, que la
grande famille n'éclate pas et qu'elle
représente cette continuité sécurisante
en contrepoint à la rupture qui l'ébranle.
C'est un désir souvent exprimé par les
ex-conjoints: "Ce n'est pas parce que nous ne formons plus
un couple que nous cessons d'être parents à
part entière". Réussir son divorce
quand on n'a pas pu réussir son couple est un
désir légitime et louable qui atténue
la culpabilité de la rupture et les blessures
narcissiques de l'échec, toujours plus ou moins
sous-jacentes dans les divorces. Hélas ! Souvent ce
sont d'abord des vÏux pieux parce qu'en partie fondés
sur le déni de la souffrance et des mouvements
agressifs, voire de violence, qu'elle engendre. Bien peu de
couples sont aptes à se séparer dans un
respect mutuel et avec une courtoisie réciproque
parce que la mort du couple, qui fut
précédée d'une plus ou moins longue et
douloureuse maladie, introduit un temps de deuil, de
dépression et de souffrance dont chacun se
défend comme il peut, souvent par la révolte,
l'agressivité ou le déni, pour ne pas
s'effondrer. En effet, qu'est-ce qu'un deuil ? Une perte et
sa douleur: quand quelqu'un avec lequel nous étions
liés meurt, nous perdons avec lui cette partie de
nous-mêmes qui vivait à travers et par ce lien.
C'est donc un morceau de soi qui meurt et cela fait mal;
parfois très, trop mal. Plus cette relation a
été importante, plus importante aussi sera la
douleur. Mais la bonne qualité
de la relation avec celui que l'on perd aide paradoxalement
à retrouver la sérénité,
malgré la douleur. Catherine Deneuve, parlant de la
mort de sa sÏur avec laquelle elle partageait tout, nous
dit: "Je suis convaincue que le seul moyen d'accepter cette
chose inacceptable, c'est de faire vivre en nous ceux qui
nous ont quittés. Je ne suis pas devenue actrice
à la place de Françoise, mais avec elle".
Comment faire ce difficile
travail de deuil dans la séparation, le divorce ?
Souvent j'ai entendu du conjoint se sentant abandonné
par l'autre: "J'ai rêvé qu'il/elle était
mort(e); s'il/elle avait eu un accident, je crois que cela
m'aurait été plus facile, etc." Cet
inconcevable deuil d'un vivant peut permettre de comprendre
les désirs plus ou moins fugitifs de meurtre qui
vont, hélas, parfois jusqu'au crime passionnel. Ainsi
la difficulté spécifique du deuil du couple
vient-elle de la résistance à concevoir
l'irréversibilité de cette fin du couple
puisque chacun est là vivant, avec peut-être la
nostalgie, l'espoir plus ou moins avoué d'un
recommencement, d'une renaissance un jour de son couple;
surtout parce que cette mort ne résulte pas d'un
destin tout-puissant, mais d'une décision humaine sur
laquelle on peut toujours espérer agir. Ceci est
particulièrement vrai pour les chrétiens que
le sacrement du mariage unit jusqu'à la mort, bien
que l'Eglise autorise la séparation des conjoints,
reconnaissant par là qu'un couple peut être
humainement mort et invivable. N'utilisons pas
l'indissolubilité du mariage pour nous éviter
un travail de deuil en refusant certaines
réalités. Car ce peut être justement
à cause de cette incapacité à voir,
à sentir des dysfonctionnements dérangeants,
que le couple se détériore et meurt.
A l'opposé, cette
boutade d'un client: "Nous pouvons bien divorcer, cela ne
nous empêche pas de nous remarier ensemble" montre
l'ambivalence et la peur d'assumer la responsabilité
d'une telle décision en niant sa gravité comme
si rien n'était irréversible. Une telle
banalisation du divorce et des bouleversements affectifs
qu'il entraîne est un autre moyen d'échapper
à ce travail de deuil qui invite à comprendre:
Pourquoi je ne veux plus, je ne peux plus être ton
mari/ta femme ? Pourquoi notre couple est-il condamné
à la mort ? Parce que trop décevant, trop
destructeur ? Parce que l'amour s'en est allé ?
Pourquoi s'en est-il allé ? Pourquoi cet(te)
époux(se) que j'ai choisi(e) ne me convient-il/elle
plus ? Me suis-je à ce point trompé(e) ? Ai-je
négligé les signes avant-coureurs du
désamour ? Pourquoi ai-je lutté si longtemps
contre toute évidence ? Pourquoi ai-je cru que la
venue d'enfants "arrangerait" notre couple ? Pourquoi
étais-je habité/e d'un si grand désir
réparateur en choisissant un conjoint à
problème ? Pourquoi n'ai-je pas pu quitter ma
sécurité affective pour en reconstruire une
nouvelle où l'autre pouvait trouver une vraie place ?
Autant de couples, autant de questions, chacun ayant son
histoire. Mais on peut aussi se perdre dans cet infini de
questionnements, tourner en rond et passer à
côté d'autres raisons, d'autres
compréhensions prisonnières de notre
inconscient. Voilà pourquoi il est parfois utile,
voire nécessaire, de se faire aider. Une meilleure
compréhension n'ôte pas la souffrance, mais
elle peut apporter une certaine
sérénité et éviter de
recommencer les mêmes erreurs. En effet, il est assez
fréquent de recevoir en consultation conjugale des
couples qui vivent une seconde union avec les mêmes
symptômes, les mêmes difficultés que dans
leur premier couple. Cette fois, l'un et(ou) l'autre sentent
qu'ils ne peuvent plus faire l'économie de comprendre
leur part de responsabilité dans ce
dysfonctionnement.
Si le divorce, la
séparation permet à chacun, à travers
le travail sur soi-même que cette épreuve peut
provoquer, de devenir plus lui-même, d'acquérir
une plus grande maturité et un sens plus profond de
sa responsabilité... alors, les premiers traumatismes
passés, leurs enfants y gagneront de meilleurs
parents. J'ai rencontré des
pères qui n'ont vraiment réalisé
l'importance de leur rôle paternel qu'au moment de la
séparation et d'une perte relative de leurs enfants.
Et heureusement certains couples, par amour authentique pour
leurs enfants, sont capables de collaborer à leur
éducation, voire s'entraider dans les crises qui
peuvent survenir, à l'adolescence par exemple, au
lieu d'en profiter avec une certaine jouissance, pour
critiquer le parent en difficulté. Eduquer des enfants dans une
société en mutation comme la nôtre se
révèle une tâche ardue, parfois
acrobatique, qui provoque des conflits, même entre les
époux qui s'entendent bien. La conjugalité et
la parentalité sont deux modes de fonctionnement
affectif qu'il est certes préférable
d'harmoniser, mais qui, parfois, peuvent
s'auto-détruire. Une séparation alors
évitera cette catastrophe en permettant à
chaque parent de vivre mieux sa parentalité. Mais
n'oublions pas le jugement de Salomon devant un seul enfant
pour deux mères&emdash;retenons-en le symbole: On
tuerait un enfant en le coupant en deux. Il faut donc qu'il
puisse tout entier, sans remords, ni culpabilité,
vivre avec ses deux lignées et puiser à cette
double racine la sève dont il a besoin pour grandir
et s'épanouir.
ancienne conseillère conjugale à l'AFCCC, dans la revue Reproduit avec l'autorisation de l'auteur... Aussi sur ce thème : Se remarier, quels enjeux |