Nous sommes souvent ballottés
entre le désir de fusionner avec l'autre et celui d'être nous-mêmes,
de garder un jardin secret irréductible où notre liberté peut se réaliser pleinement. L'origine
de ces hésitations provient souvent de notre histoire personnelle.
Françoise Sand (conseillère conjugale) parle ainsi dans son livre de "sac-à-dos" (tout ce que nous
portons derrière nous, issue de notre vie antérieure et qui
influence notre comportement, sans que nous en soyons toujours conscient...).
Notre histoire nous
conditionne.
Les
"psys" nous disent, parfois non sans raison, que nous gardons le
souvenir parfois inconscient du bien-être de nous croire un et
indivisible avec ce corps chaud de notre mère.
Petit, nous avons
expérimenté par phases successives, la distance qui
nous séparait de notre mère. Ces étapes ont
caractérisé notre évolution affective et la
construction de notre maturité. Mais nous ne pouvons renier
notre histoire.
La vie
familiale a marqué notre intériorité et notre
capacité à accepter la rupture de la fusion
originelle.
La place du
père est venue perturber mais peut-être aussi structurer
notre maturité affective.
Lorsque cette
enfance a été mal vécue (mort de la mère,
abandon, violence, maladie) des lésions sont apparues. Ces
souffrances sont très difficiles à réparer.
Elles peuvent conditionner notre capacité à nous
engager à deux, à faire confiance à l'autre (et
bien sur d'abord à nous-mêmes).
Fusion, le mythe
Sans
que nous en soyons toujours conscient, le désir d'union est
souvent la suite logique de notre histoire affective. Lorsque le
cocon familial, lors de l'adolescence, ne suffit plus à nous
combler, nous aspirons à une autre unité, à une
complémentarité idéale (mythe
androgyne).
Deux
moitié d'oranges, qui s'assemblent forment-elles une orange ?
N'y-a-t-il pas un mythe de l'unité retrouvée.
Lors des premières
rencontres, la splendeur de l'autre masque les aspérités et
les différences. Le désir de fusion, de correspondance complète,
empêche de voir ce qui nous éloigne (passions, plaisirs mais
aussi origine, milieu, culture, éducation, religion,...). Et pourtant
l'on se rend compte que l'autre ne comblera jamais totalement notre désir
de fusion. (voir le livre de X. Lacroix : Les mirages de l'amour ). Même
l'union des corps
nous fait sentir que l'autre nous échappe au delà de la beauté
de la rencontre... (le désir subsiste et heureusement en un sens,
dans la mesure où il est vie, où il nous pousse à plus
que la fusion, à un au-delà, à une fécondité,...)
L'autre qui
apparaît est alors un rêve. La séduction et le
désir nous poussent sans réserve dans les bras de
l'autre.
Mais cette fusion
idéale apparaît vite comme un leurre. L'autre est
irréductible, unique et non fusionnel. On ne peut retrouver
l'unité perdue.
Alors peut venir le
temps de la désillusion. Deux solutions sont possibles
à ce stade :
Un autre rêve
Courir
vers un autre ailleurs, un autre rêve et nécessairement
vers une autre désillusion.
Durer et trouver le
bonheur...
Au
delà du paradis perdu, il existe un chemin où peut
coexister une présence parfois fusionnelle et un besoin de
distance vis à vis de l'autre. Ce chemin nous permet d'exister
et d'avancer. La durée est chemin de confiance, de partage et
d'au-delà... parce qu'elle purifie le désir d'amour en
le soumettant à l'épreuve du temps.
Mais pour cela on
doit retrousser les manches, sans désillusion et avec
volonté...
Le
désir plus la volonté devient force, survie et
espoir...
Distance et
tentation
Prendre
ses distances après une phase de fusion est souvent la suite
logique de l'envolée fusionnelle.
Mais
s'éloigner est ambivalent.
La distance est
source de construction personnelle, elle peut être aussi fuite
de sa responsabilité.
Il est
fréquent que des couples en phase post-fusionnelle s'enferment
dans un ailleurs, déçus de ne pas avoir trouvé
dans la fusion le paradis perdu...
Etre attiré
par une autre personne, une autre relation amoureuse, est une des
suites logiques de cette fuite. Or la fuite vers une autre fusion
n'est pas une solution durable (Don Juan finit par sombrer dans le
suicide...)
Etre mûr,
c'est assumer son insuffisance fusionnelle et chercher dans la
durée la voie d'une humanisation.
La présence,
la fidélité et la tempérance, sont les
qualités de l'homme mûr. (cf Aristote,
Ethique
à Nicomaque )
Alors vient le temps de la tendresse et d'une union plus grande parce que respectant
l'autre comme personne et comme différence...
(distance et proximité, un chemin vers un au-delà...)
Dans ton sourire,
j'ouvre mon coeur,
Dans ta présence,
je découvre mes limites,
Dans ta différence,
je découvre un au-delà...
Tu es autre
et mon coeur est boulversé,
Je croyais te saisir
mais tu m'échappes encore,
Je croyais te rejoindre
mais tu n'es plus là.
A nous s'ouvre le monde,
les autres, l'enfant,
Par ta présence
je peux renaître,
A nous deux nous trouverons
l'Espérance,
Ensemble nous grandirons dans
l'Amour,
Je t'aime
et veut t'aimer toujours,
Que Dieu nous garde
dans cet Amour...
C.H.
La volonté d'une alliance
L'harmonie entre fusion et distance peut trouver sa régulation
dans l'affirmation d'un engagement, dans la volonté partagée
de faire alliance, de trouver un lieu commun ou l'interdépendance
est consentie et volontaire et où le désir de chercher le
bonheur de l'autre passe avant tout.