Une image qui parle :
Chacun est en haut
d'une tour faite de désir de savoir et d'orgueil.
Quand on se parle
du haut d'une tour, c'est pour s'envoyer des flèches, des
a-priori, des non-dialogues.
Le vrai dialogue et
plus encore le pardon, c'est descendre de sa tour, monter un instant
dans la tour de l'autre, revenir en bas de sa tour et humblement
décider de (re)faire alliance...
Pardonner, c'est un
faire un don parfait (par-don, bonjour le boulot :-). C'est d'abord
accepter de descendre de sa tour d'ivoire, arrêter de
considérer l'autre comme la source de tous nos malheurs,
consentir à sa part de responsabilité, accepter pour un
temps de se rendre compte de ce que l'autre pense, désire,
subit...
L'union
des coeurs et des corps en paix et en sérénité
se bâtit sur la confiance que l'on peut avoir en
l'autre.
La confiance
s'exprime notamment dans la mise à nu du corps et du coeur. Se
dénuder devant l'autre, au sens propre et au sens
figuré, c'est exposer son visage, donner son coeur et son
corps dans l'espérance d'un retour.
On peut rêver
que l'autre ou nous même soient toujours dignes de cette
confiance.
Mais nous sommes
confrontés à nos fragilités et nos
égoismes. Est-ce alors une voie sans issue?
Pas du tout, si
justement on accepte d'être vrai et de demander à l'autre de nous aider.
Dire à
l'autre : "j'ai besoin de toi - tu me connais - aide moi" c'est
permettre à l'autre de nous aimer tel que nous sommes et
manifester une confiance en lui. C'est lui permettre à lui
aussi d'être vrai, avec ses fragilités.
Finalement,
ce qui brise la
confiance, ce ne
sont pas nos fragilités. (celles-ci finalement nous
rapprochent les uns des autres - nous nous découvrons
frères en humanité), mais c'est la suffisance et le jugement, la
condamnation.
Les
chrétiens ont un texte qui exprime cela très fort: le
lavement des pieds des disciples par Jésus.
Humblement,
Jésus lave les pieds de ses disciples, lui qui est pourtant le
Seigneur et le maître, et il leur dit "ce que je vous demande
c'est de vous laver les pieds les uns les autres" - de vous
découvrir et de vous laisser soigner par les
autres.
Les
chrétiens fondent donc leur confiance non pas sur le fait
qu'ils seraient plus forts que les autres, plus capables d'être
fidèles , mais sur cette certitude que le Christ et des
frères pourront toujours les aider, les soigner, plus leur
permettre d'accéder au véritable amour, s'ils
l'acceptent. Entre époux, chacun a cette mission d'être
un peu le Christ pour l'autre... peu à peu, ils apprennent
à s'aimer non plus sous condition que l'autre ne nous
décoive pas, mais gratuitement, jusqu'à donner sa vie
pour l'autre.
Sommes nous
capables de nous laver les pieds l'un de l'autre ?
Faire confiance, se dénuder,
s'exposer, c'est un peu se mettre à genou devant l'humanité
de l'autre. Cet appel à un au-delà d'une nature humaine souvent
tiraillée et blessée fonde l'espoir d'une alliance qui dure, d'un engagement véritable.
C'est un acte de
pauvreté par rapport à soi-même et de
don.
Dans le mariage catholique,
cette confiance est signifiée par l'échange des consentements
: Je te reçois comme époux et je me donne à toi.
(Rituel du mariage).
Le service
réciproque est signe pour les chrétiens du Christ
serviteur.
C'est aussi ce que symbolise
la Croix, révélation d'un Dieu qui aime jusqu'au bout...
(ce que le Christ signifiait par le lavement des pieds).